Deux devis de GMAO arrivent sur votre bureau. Le premier affiche 80 € par navire et par mois, le second 120 €. Le réflexe naturel est de retenir le premier — et c'est précisément l'erreur. Le prix d'une GMAO maritime affiché en première page d'un devis ne représente, sur trois ans, qu'un tiers à la moitié de ce que le projet vous coûtera réellement. Le reste se répartit entre le déploiement, la reprise de vos données, la formation du bord, le temps que vos équipes passeront dans l'outil — et, en face, ce que l'outil vous évitera de perdre.
Comparer deux GMAO sur leur tarif mensuel revient à comparer deux navires sur leur longueur hors tout : l'information est exacte, mais elle ne dit rien de ce qui compte. La seule mesure honnête est le coût total de possession (TCO) sur trois ans, qui additionne trois colonnes : ce que vous payez, ce que vous investissez en temps, et ce que vous évitez. La troisième colonne est celle que tous les comparatifs oublient — et c'est presque toujours elle qui décide.
Cet article vous donne la méthode complète, poste par poste, avec un tableau de calcul à reprendre sur vos propres chiffres et les questions à poser à chaque éditeur avant de signer.
Pourquoi calculer sur trois ans, et pas sur un
Trois ans, ce n'est pas un chiffre arbitraire. C'est la durée qui permet de lisser l'effort initial — inventaire des équipements, reprise des plans constructeur, formation — sur une période où l'outil produit ses effets en régime établi. La première année concentre l'essentiel de l'investissement humain ; les deux suivantes révèlent le rendement réel : moins de pannes non planifiées, moins d'achats en urgence, des visites de classification préparées en heures plutôt qu'en jours.
C'est aussi l'horizon d'un cycle technique complet pour la plupart des flottes : un passage au bassin, plusieurs arrêts techniques, un renouvellement partiel d'équipage. Un outil qui n'a pas prouvé sa valeur au bout de trois ans ne la prouvera jamais. À l'inverse, juger une GMAO sur ses six premiers mois, c'est la juger au moment précis où elle coûte le plus et rapporte le moins.
Colonne 1 — ce que vous payez : licences, déploiement, formation, données
Les licences
Premier poste, le plus visible. Deux modèles dominent le marché, et ils ne se comparent pas directement.
- Tarification par navire : un prix fixe par unité et par mois, quel que soit le nombre d'utilisateurs. Le coût est prévisible et proportionnel à la taille de la flotte. C'est le modèle de 91鶹Ʒ : 10 € par mois en Plaisance, 100 € en Premium, 150 € en Entreprise par navire, déploiement inclus. Ces tarifs publics servent de point de repère utile : si un devis concurrent s'en écarte fortement, la différence doit s'expliquer ligne par ligne.
- Tarification par utilisateur : chaque compte se paie. Ce modèle pénalise exactement le comportement que vous cherchez à installer — que tout le bord se serve de l'outil, du chef mécanicien au matelot qui clôture son ordre de travail. En pratique, les armements sous ce modèle rationnent les comptes, les identifiants se partagent, et la traçabilité individuelle exigée par le Code ISM s'évapore.
Vérifiez aussi ce que la licence recouvre : nombre de modules, stockage documentaire, application mobile, mises à jour. Un tarif d'appel avec chaque module facturé en option peut doubler entre la démonstration et la deuxième année.
Le déploiement et la reprise de données
C'est le poste le plus variable du marché : inclus chez certains éditeurs, facturé de 2 000 à plus de 15 000 € par navire chez d'autres, en jours d'intervention. Il recouvre le paramétrage initial, la création de l'arborescence d'équipements, l'import de vos historiques et de vos plans de maintenance constructeur. Posez la question frontalement avant la signature : « la reprise de mes données est-elle incluse, et qui la fait ? ». Notre checklist de déploiement phase par phase détaille ce que ce chantier implique concrètement.
La formation
Comptez une demi-journée à une journée par navire pour un outil bien conçu, plusieurs jours pour un outil pensé pour l'industrie terrestre et adapté à la mer après coup. Deux pièges à chiffrer : la formation des çԳٲ — sur un navire, la personne formée débarque au bout de deux mois, et chaque relève non formée est un coût récurrent — et la formation à distance d'équipages dispersés sur plusieurs ports. Un outil dont l'interface se comprend sans manuel réduit ce poste à presque rien ; c'est un critère de choix à part entière, pas un confort.
Colonne 2 — ce que vous investissez : le temps de vos équipes
Le vrai investissement d'un projet GMAO n'est pas monétaire, il est humain. Trois chantiers le composent, tous concentrés sur le premier trimestre.
- L'inventaire des équipements : recenser les organes du bord, leurs références, leurs numéros de série. Comptez deux à cinq jours par navire selon la taille et l'état de votre documentation. Le marquage QR code des actifs se fait utilement dans la même passe.
- La construction du plan de maintenance : transposer les préconisations constructeur et votre expérience en gammes et en échéances. C'est le cœur du projet — notre méthode en 4 étapes le structure.
- La saisie récurrente : clôturer les OT, pointer les compteurs, sortir les pièces du stock. Ce poste-là n'est pas un surcoût mais un transfert : ces informations, vous les consignez déjà quelque part — carnets, tableurs, mails. La question est le temps que l'outil y ajoute ou en retranche.
C'est ici que deux solutions au même prix facial divergent le plus. Un outil pensé pour des marins — application mobile utilisable d'une main en salle des machines, saisie hors connexion avec synchronisation à l'escale, interface sans jargon informatique — divise ce coût par deux ou trois par rapport à un client lourd conçu pour un atelier à terre. Valorisez ce temps au coût chargé réel de vos officiers, entre 40 et 70 € de l'heure : l'écart se chiffre en milliers d'euros par navire et par an.
Prix d'une GMAO maritime : les coûts cachés à débusquer avant de signer
Certains postes n'apparaissent sur aucun devis et ne se révèlent qu'à l'usage. Notre grille de 32 critères de choix leur consacre un chapitre entier ; voici les cinq qui reviennent le plus souvent en audit.
| Coût caché | Question à poser à l'éditeur | Signal d'alarme |
|---|---|---|
| Modules facturés en option | Que couvre exactement le tarif annoncé ? | Stocks, certificats ou mobile « disponibles en supplément » |
| Frais par utilisateur ajoutés au prix par navire | Combien de comptes sont inclus ? | Un plafond d'utilisateurs sur une tarification « par navire » |
| Support payant | Le support est-il inclus, dans quelle langue, sous quel délai ? | Support « premium » facturé, hotline aux heures de bureau d'un seul fuseau |
| Reprise de données facturée en régie | Qui importe mes historiques et à quel prix ? | « Nous fournissons un modèle Excel, à vous de le remplir » |
| Coût de sortie | Comment récupère-t-on ses données en fin de contrat ? | Export payant, format propriétaire, engagement pluriannuel ferme |
Ajoutez-y un poste que personne ne facture mais que tout le monde paie : le coût d'un déploiement raté. Une GMAO abandonnée par le bord au bout de six mois, c'est la totalité des colonnes 1 et 2 en pure perte, plus un capital de confiance entamé pour le projet suivant. Les six erreurs qui font échouer un déploiement sont connues et évitables — les intégrer au calcul de risque fait partie d'un TCO honnête.
Colonne 3 — le coût de l'inaction : ce que « ne rien faire » vous coûte déjà
La troisième colonne renverse le calcul, car l'alternative à la GMAO n'est pas la gratuité : c'est le statu quo, et il a un prix que vous payez déjà sans le voir sur aucune facture.
- Le tableur qui tient lieu de système : les heures passées à consolider des fichiers par navire, les versions contradictoires, les échéances suivies de tête. Notre comparatif Excel ou GMAO maritime chiffre l'exercice : dès qu'on valorise les heures réellement passées à le tenir, le tableur « gratuit » devient l'option la plus chère du marché.
- L'immobilisation non planifiée : une avarie qui aurait été évitée par un préventif suivi, c'est des pièces en fret express majorées de 30 à 50 %, un technicien constructeur au tarif d'urgence, une escale décalée, parfois un remorquage ou une campagne de pêche perdue. Selon l'activité, une journée d'immobilisation vaut couramment de 3 000 à 15 000 €, davantage sur un navire à passagers ou un navire de service sous contrat avec pénalités.
- La détention en inspection : un historique de maintenance introuvable ou incomplet reste l'une des voies les plus courtes vers une déficience, voire une détention au Port State Control — avec l'inscription publique qui suit le navire pendant des années.
- La sur-maintenance et le sur-stock : sans historique fiable, on remplace par précaution et on stocke par sécurité. Les armements qui structurent leur maintenance constatent généralement une baisse de 20 à 35 % de leurs coûts d'entretien, dont nous détaillons les leviers dans nos conseils pour réduire les coûts d'entretien du navire.
- La valeur de revente : à l'expertise, un navire dont l'historique technique est complet et traçable se négocie mieux et plus vite qu'un navire dont la mémoire est partie avec l'ancien chef mécanicien.
Une seule immobilisation majeure évitée sur trois ans paie, à elle seule, plusieurs années d'abonnement d'un logiciel de maintenance navale. C'est l'ordre de grandeur qu'il faut garder en tête en lisant les devis.
Combien coûte une GMAO maritime sur trois ans ?
Pour une flotte de travail de cinq navires sur une offre intermédiaire à 100 € par navire et par mois, comptez environ 18 000 € de licences sur trois ans, auxquels s'ajoutent 8 000 à 12 000 € de temps interne la première année si le déploiement et la formation sont inclus — soit un TCO de l'ordre de 26 000 à 30 000 €. En face, une journée d'immobilisation évitée par navire et par an et 10 % de pièces en moins représentent 60 000 à 100 000 € : le bilan devient positif dès la première année.
Le tableau ci-dessous détaille ce calcul. Les montants sont illustratifs et volontairement prudents : la méthode compte plus que les chiffres, et l'exercice n'a de valeur que refait avec vos propres données.
| Poste | Hypothèse (5 navires, offre à 100 €/navire/mois) | Année 1 | Années 2 et 3 | Total 3 ans |
|---|---|---|---|---|
| Licences | 5 × 100 € × 12 mois | 6 000 € | 12 000 € | 18 000 € |
| Déploiement et reprise de données | Inclus dans l'offre (sinon : 2 000 à 15 000 €/navire à ajouter) | 0 € | — | 0 € |
| Formation initiale | Incluse ; 1 jour de mobilisation du bord par navire | 2 000 € | — | 2 000 € |
| Temps interne de structuration | 4 jours/navire (inventaire, plans, seuils) à 400 €/jour chargé | 8 000 € | — | 8 000 € |
| Formation des relèves | 0,5 jour/navire/an à partir de l'année 2 | — | 2 000 € | 2 000 € |
| Total coût de possession | 16 000 € | 14 000 € | 30 000 € | |
| Immobilisations évitées | 1 jour/navire/an à 5 000 € (hypothèse basse) | −25 000 € | −50 000 € | −75 000 € |
| Achats de pièces optimisés | −10 % sur 30 000 €/navire/an de pièces | −15 000 € | −30 000 € | −45 000 € |
| Temps administratif économisé | 2 h/semaine/navire de reporting et recherche d'historique | −10 000 € | −20 000 € | −30 000 € |
| Bilan net sur 3 ans | environ −120 000 € (gain) |
Même en divisant les gains par deux et en doublant le temps interne, le bilan reste largement positif — sans avoir valorisé ni le risque de détention, ni la valeur de revente, ni les crédits de visite qu'un PMS approuvé par la classification peut obtenir sur les inspections machine.
Calculer le TCO de votre GMAO maritime avec vos propres chiffres
Le TCO se calcule, il ne s'estime pas. La démarche tient en quatre étapes et une réunion.
- Documentez vos vingt-quatre derniers mois : listez chaque immobilisation non planifiée avec son coût complet — pièces, main-d'œuvre, fret, conséquences d'exploitation. C'est la ligne de base sans laquelle tout le reste est opinion.
- Chiffrez votre système actuel : heures hebdomadaires passées sur les tableurs, les relances fournisseurs, la préparation des visites et audits. Valorisez-les au coût chargé.
- Construisez le tableau ci-dessus pour chaque offre présélectionnée, en exigeant de chaque éditeur un engagement écrit sur les postes déploiement, reprise de données, formation et support. Le budget de maintenance de l'an prochain se défendra d'autant mieux qu'il s'appuiera sur ce chiffrage.
- Demandez à chaque éditeur comment son outil aurait évité vos avaries de la ligne de base. La précision de la réponse en dit plus long que toutes les plaquettes.
Fixez ensuite les indicateurs qui vérifieront le calcul en cours de route : taux de préventif, MTBF des organes critiques, valeur du stock, heures correctives. Notre guide des 15 KPI de maintenance maritime donne les définitions et les seuils. Et si la question « développer ou acheter » se pose encore dans votre armement, le comparatif développement interne contre solution du marché montre que le TCO d'un développement maison est presque toujours sous-estimé d'un facteur trois.
En résumé
Le prix d'une GMAO maritime ne se lit pas sur la première page d'un devis. Il se calcule sur trois ans, en trois colonnes : ce que vous payez — licences, déploiement, reprise de données, formation, en exigeant la transparence sur chaque poste —, ce que vous investissez en temps d'équipage, poste où un outil conçu pour des marins fait diverger deux offres au même tarif facial, et ce que vous évitez — immobilisations, achats en urgence, sur-stock, détentions. Sur une flotte de travail, la troisième colonne dépasse presque toujours les deux premières réunies dès la première année.
La conséquence pratique : ne comparez jamais des tarifs, comparez des TCO. Un outil à 100 € par navire et par mois, déploiement inclus, adopté par le bord et alimenté chaque jour, coûtera toujours moins cher qu'un outil à 60 € abandonné au premier embarquement — et infiniment moins cher que le tableur qui vous donne l'illusion de la gratuité.
91鶹Ʒ publie ses tarifs — de 10 à 150 € par navire et par mois, déploiement et formation inclus — précisément pour que ce calcul puisse se faire sans surprise. Conçue à Marseille par des marins, déployée sur plus de 700 navires, la GMAO 91鶹Ʒ se juge sur vos chiffres, pas sur les nôtres : venez nous confronter à vos immobilisations des vingt-quatre derniers mois, c'est l'exercice que nous préférons — et l'essai est gratuit pendant 30 jours.




